Bonjour à tous,
Comment choisir un livre, parmi la pléthore de publications de cette rentrée ?
735 romans ! Si ce chiffre affole parfois, il est aussi permis d’en rire (voir, à
ce propos, le recueil de pastiches de Pascal Fioretto « Et si c’était niais ? »,
allègrement sous-titré La Rentrée littéraire assassinée).
La seule prétention de la sélection ci-dessous est de vous faire partager quelques bons moments passés avec certains auteurs. Des choix, donc, parfaitement subjectifs, le seul critère étant le plaisir de la lecture.
Et, pour que la librairie reste ce lieu d’échange, n’hésitez pas à nous communiquer vos propres découvertes.
Bonne lecture !
Le Rapport de Brodeck - Philippe Claudel - Stock
Dans ce roman à la construction époustouflante, qui se lit d’une traite, Philippe Claudel pose de manière très perturbante les questions du Bien et du Mal, de la culpabilité et de l’innocence. Le lecteur, abasourdi, a envie de dire, comme Brodeck : je n’y suis pour rien. Mais celui-ci ajoute aussitôt : Je suis certain que vous seriez comme nous si vous aviez connu la guerre, ce qu’elle a fait ici…
Un chef-d’œuvre, sans doute trop dérangeant pour obtenir un des Prix de l’automne...
La princesse et le pêcheur – Minh Tran HUY – Actes Sud
La narratrice va trouver en Nam une âme sœur, avec tous les troubles du mot. Nam verra-t-il en elle davantage qu’une sœur à protéger ? Un lien très fort les unit rapidement, qui dévoile leurs secrets, au rythme d’un conte livré en parallèle et comme en écho.
La princesse et le pêcheur dit l’amitié, l’amour, l’Histoire, son histoire aussi – doit-on l’appeler destinée ?
Beau, subtil, bref un excellent premier roman !
(F Rigot - MV Rousseau)
Zoli – Colum McCANN – Belfond
Ce grand-père exceptionnel, qui lit et écrit en secret, lui transmettra l’amour de la lecture et de la plume.
Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, chanteuse, Zoli deviendra par sa poésie le chantre du communisme et de la « révolution tzigane » contre les fascismes européens.
Amour, honneur surtout, et son contraire la trahison sont au rendez-vous dans cette traversée du siècle et de l’Europe (on passe par l’Autriche et l’Italie avant de revenir à Paris).
Une plongée dans l’univers des tziganes, peu et si mal connu. Superbe !
(F Rigot)
Avec vue sur le royaume – Jean-Pierre GATTEGNO – Actes Sud
Deux hommes, voisins dans cet avion, cherchent à découvrir pourquoi ils se retrouvent condamnés à passer l’éternité ensemble. Ils vont alors se raconter leurs histoires. L’un est juif, l’autre le fils d’un SS qui a en lui l’immense culpabilité des crimes de son père. Parfois accompagnés du film de leur vie qui défile sur écran géant, leurs souvenirs, finement tissés, finiront par dévoiler le lien qui les unit.
Avec subtilité, fantaisie et humour, Gattégno nous livre sur un sujet pourtant grave un roman passionnant, profond et léger à la fois.
(F Rigot - V Bertrand)
Chicago – Alaa EL ASWANY – Actes Sud
Comme dans son précédent roman, l’Immeuble Yacoubian, nous suivons avec avidité les intrigues des différentes vies qui se croisent tout au long de ce récitadmirablement orchestré.
Alaa El Aswany ne mâche pas ses mots pour critiquer le système politique égyptien et l’Amérique conservatrice.
Par ces destins d’hommes et de femmes pris dans leurs désirs et leurs contradictions et mis face à des conflits d’origine politique, raciale ou religieuse, Alaa El Aswany donne à son roman une portée universelle.
(V Bertrand – V Gillion – M Brouyaux)
La perte en héritage – Kiran DESAI – Des deux terres
Autour d’eux gravitent des personnages, Gyan, le précepteur de Sai dont elle s’éprend, qui rejettera les siens pour se transformer en fondamentaliste.
Les sœurs Moni et Lola qui entourent Sai de leurs conseils, fêtent Noël et prennent le thé anglais.
Parallèlement, nous suivons la vie de Biju, le fils du cuisinier du juge. Parti pour New York, il enchaîne les petits boulots dans les restaurants de Manhattan.
Comme des milliers d’autres clandestins, il est prêt à subir toutes les humiliations pour sauver sa peau et obtenir la fameuse carte de séjour.
Entre New York et l’Himalaya, un livre sur la mondialisation et sur le colonialisme.
Un protagoniste du livre dit ceci : « Bose repensait à la manière dont le gouvernement anglais et ses fonctionnaires étaient repartis sur leurs navires en jetant leurs casques coloniaux par-dessus bord, ne laissant derrière eux que ces Indiens ridicules qui ne parvenaient pas à se défaire de ce qu’ils avaient acquis au prix du sacrifice de leur identité ».
(V Bertrand)
Le chant de la mission - John LE CARRE – Seuil
Le narrateur, Salvo, travaille comme interprète pour les services secrets anglais.
Il est témoin de machinations cyniques lors d’une conférence où des représentants de milices congolaises et d’investisseurs internationaux se mettent d’accord pour monter un coup d’état au Kivu...
Un coup d’état déguisé.
Haletant de bout en bout.
John Le Carré met en scène l’exploitation de la misère par les grandes entreprises multinationales.
(V Bertrand)
Le désert de la grâce – Claude PUJADE-RENAUD – Actes Sud
(MV Rousseau - V Bertrand - V Gillion)
A l’abri de rien – Olivier ADAM – L’Olivier
Un superbe roman qui nous plonge dans l’inhumanité du monde.
A lire absolument.
(MV Rousseau – V Bertrand)
Les belles choses que porte le ciel – Dinaw MENGESTU – Albin Michel
L’arrivée d’une jeune femme blanche et de sa petite fille métisse va bouleverser cet équilibre précaire sur lequel est basé sa vie. Il croit voir en elle une de ces « belles choses que porte le ciel » dont Dante parle dans sa divine comédie. Cette fin de « l’enfer » qu’il espère encore sans trop y croire.
Un premier roman sensible et magnifique sur l’exil, sur la difficile intégration entre déni de ses racines et volonté de garder son pays natal au cœur.
(MV Rousseau)
L’année de la pensée magique – Joan DIDION – Grasset
Récit d’une année de deuil, écrit avec une « honnêteté » extraordinaire : pas de mélo ni de narcissisme, juste de la dignité, un infini respect des proches et une simplicité dans le courage ordinaire.
Un très grand livre.
(V Gillion - F Rigot)
Leurs vies éclatantes – Grégoire Polet – Gallimard
A l’aube du lundi, Macha, jeune artiste, fait ses cartons pour quitter son atelier de la tour de l’église Saint-Sulpice. Elle prend une dernière photographie de la place.
Sur la photo, elle ne le sait pas encore, s’imprime la lueur d’une lampe qui vacille dans l’appartement d’en face, quand Henri la bouscule en poussant son dernier soupir...
En bas, sous le porche, Héloîse, qui se marie samedi, attend la fleuriste et le conseiller feng shui, pour organiser la cérémonie...
Leurs vies. Leurs vies qui se croisent se décroisent. Leurs vies et celles d’autres, éclatantes.
Un très beau roman qui, sous ses allures légères, nous touche gravement.
Et une très belle rencontre, à la librairie le 10 octobre dernier avec son auteur.
(V Gillion –V Bertrand – M Brouyaux)
La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, La reine dans le palais des courants d’air – Stieg LARSSON- vol.2 et 3 de Millénium – Actes SUD NOIRS
A chaque tome, S.Larsson rentre plus profondément dans l’envers du décor de la société suédoise et dénonce la fascination et le laxisme du pouvoir face au crime organisé.
Une série déjà culte !
(V Gillion)
Et si c’était niais ? pastiches – Pascal Fioretto – Ed.Chiflet&Cie
De « Barbès Vertigo » (Denis-Henri Lévi) à « Hygiène du tube » (Mélanie Notlong), de « Ils ont touché à mes glaîeuls » (Pascal Servan) à « Et si c’était niais » (Marc Lévis ), de « 64 % » (Frédéric Beisbéger) à « C’était rudement bath » (Jean d’Ormissemon), le microcosme est passé àla moulinette.
Un brillant exercice de style !
(Michel Brouyaux)
Le grand jardin – Francis Dannemark – Ed.Robert Laffont
On rencontre un homme fragile qui épouse une femme folle et adopte deux nains hongrois, un homme d’honneur qui veut régler une dette morale, un vieux médecin anglais et tant d’autres...
Les livres de Francis Dannemark ne se prêtent pas au résumé : il faut les lire, pour apprécier la poésie de son écriture, la subtilité de son analyse, la finesse de son trait. Et le moindre de ses mérites n’est pas de nous rendre ses personnages immédiatement intimes, comme si, décrivant leurs vies, c’était des nôtres qu’il parlait.
(Michel Brouyaux)
Amitiés mortelles – Ben Elton – Belfond
« Amitiés mortelles », son troisième roman, nous plonge dans la traque d’un tueur en série qui terrorise Londres. Le point commun de ses victimes : persécuter leur entourage. L’inspecteur Newson va découvrir, stupéfait, que le tueur se rapproche de plus en plus de ses anciens copains de classe : que s’est-il donc passé dans ce collège, vingt ans plus tôt, parmi ces bons vieux amis ?
Pour lecteurs avertis.
(Michel Brouyaux)
Sans oublier nos invités du mois de septembre :
La spectaculaire histoire des rois des Belges, de Patrick Roegiers :
un vrai-faux roman qui mêle allègrement la petite histoire et la Grande...
L’incurable mal belge, de Jules Gheude :
à travers la biographie de François Perin, trente années de la vie politique belge et de ses blocages : passionnant !
Nous vous parlerons, dans un prochain courrier, de notre dernier « coup-de-cœur » : Regarde la vague, de François Emmanuel, qui sera notre invité le 15 novembre...
A noter aussi que le 11 novembre, de 14 à 18h, la librairie sera ouverte pour la journée des contes. Bienvenue à tous, petits et grands.
Et nous sommes toujours à votre disposition pour vous conseiller les excellentes nouveautés « poche » !
A très bientôt.